
Cécile, enceinte, s’est fait connaître comme cheffe cuisinier en participant à l’émission de télévision Top Chef, et prépare, avec son compagnon et adjoint en cuisine, l’ouverture d’un restaurant gastronomique. Mais elle se voit contrainte de quitter Paris et de retourner temporairement dans son village d’enfance et dans le restaurant routier tenu par ses parents, à la suite d’un infarctus de son père. Durant son séjour dans ce village natal, elle croise Raphaël, son amour de jeunesse…
Réalisation : Amélie Bonnin
Scénario : Amélie Bonnin, Dimitri Lucas
Image : David Cailley
Son : Rémi Chanaud, Jeanne Delplancq, Fanny Martin, Niels Barletta
Montage : Héloïse Pelloquet
Distribution France : Pathé films
Acteurs :
Juliette Armanet : Cécile Béguin
Bastien Bouillon : Raphaël Tenreiro
François Rollin : Gérard Béguin
Dominique Blanc : Fanfan Béguin
Tewfik Jallab : Sofiane
Avant de réaliser Partir un jour, Amélie Bonnin a travaillé dans plusieurs domaines : le dessin, le graphisme, la radio ou encore la direction artistique. Elle a notamment collaboré avec La Déferlante, une revue féministe, et participé au projet documentaire Radio Live. Son parcours se révèle pluridisciplinaire et la dote d’une solide culture de l’image. Amélie Bonnin découvre la réalisation presque par hasard, à travers le documentaire. En 2013, elle commence à filmer la boucherie familiale tenue par son oncle, d’abord pour garder une trace de ce lieu avant sa disparition. Mais le projet prend peu à peu de l’ampleur et devient La Mélodie du boucher, un documentaire de 52 minutes diffusé sur Arte.
Cette expérience marque profondément son rapport au cinéma et son goût pour le réalisme. Elle s’intéresse aux lieux populaires, à la mémoire familiale, et aux personnes qui se sont réalisées en quittant leur milieu d’origine.
Pour mieux comprendre les codes de la fiction, Amélie Bonnin entre ensuite à l’Atelier Scénario de La Fémis. Cette formation lui permet de se familiariser avec l’écriture scénaristique avant de réaliser le court-métrage Partir un jour, puis le long-métrage présenté au Festival de Cannes en 2025.
Le long-métrage adapte un premier court réalisé quelques années plus tôt. Plutôt que d’étirer artificiellement le scénario d’origine, Amélie Bonnin et son co-scénariste Dimitri Lucas choisissent de transformer profondément le récit et les personnages, notamment en inversant les rôles féminins et masculins. Le court sert aussi de préparation technique et artistique au long-métrage, ce qui permettra de faciliter la production de Partir un jour.
Photo ©Marie Lévi pour Télérama

Un trope est un motif narratif récurrent : une situation, un type de personnage ou une scène que l’on retrouve souvent dans les récits. Les archétypes — des figures immédiatement reconnaissables comme « le premier amour », « la fille qui revient au pays » ou « le père autoritaire » — peuvent en faire partie.
Partir un jour reprend plusieurs tropes très connus : le retour dans la ville natale, les retrouvailles avec un amour de jeunesse, l’opposition entre Paris et la province. On retrouve ces motifs dans certaines séries, dans des jeux vidéo narratifs centrés sur la mémoire ou l’adolescence, mais aussi dans les films romantiques de Noël, comme la production Netflix My Secret Santa, où le fils d’un riche homme d’affaires rentre dans sa ville natale et tombe amoureux d’une mère célibataire…
Mais Amélie Bonnin se sert surtout de ces codes pour déjouer nos attentes. Raphaël n’a pas attendu Cécile pendant des années : il a construit sa vie. Les deux anciens amoureux ne sont pas chacun engagés dans une relation superficielle ; au contraire, leurs conjoints respectifs sont attachants. La province, elle non plus, n’est jamais idéalisée comme un refuge parfait, mais elle n’est pas davantage caricaturée comme un lieu figé dans le temps. Lorsque Cécile retrouve sa ville natale, elle a d’abord l’impression que rien n’a changé : mêmes habitudes, mêmes lieux, mêmes discussions. Le relais routier familial semble appartenir à un passé immobile.
Son regard reste pourtant traversé par des contradictions sociales. Elle éprouve à la fois de la tendresse pour ce monde et une certaine distance. Elle corrige les recettes de son père, critique certaines habitudes, paraît parfois méprisante. Peu à peu, le film fissure cette vision. Ses anciens amis ont grandi, construit leur vie, fondé une famille. Ce n’est pas la province qui est restée immobile : c’est surtout le regard de Cécile qui était resté bloqué sur ses souvenirs d’adolescence.
Le film commence donc comme une comédie romantique archétypale avant de nous orienter vers d’autres chemins.
On pourrait croire que Cécile revient pour se recentrer sur des valeurs plus authentiques, retrouver « l’essentiel », renier ses expériences parisiennes ou comprendre qu’elle veut devenir mère. En réalité, elle apprend plutôt à assumer ses choix, sans avoir à effacer une partie d’elle-même. Partir un
jour évite ainsi les clichés habituels : la province n’est ni un paradis perdu, ni un territoire « en retard ».
À noter : Amélie Bonnin filme des lieux populaires rarement montrés au cinéma — un relais routier, une patinoire municipale, une boîte de nuit de périphérie, un garage automobile — comme si elle voulait montrer la province telle qu’elle se vit, et non telle qu’elle est représentée sur les cartes postales.


La France est un pays fortement centralisé : Paris concentre une grande partie du pouvoir économique, politique et culturel. Dans le film, Cécile semble avoir “réussi” parce qu’elle est partie vivre à Paris et qu’elle travaille dans la gastronomie prestigieuse. Pourtant, ce départ a aussi créé une distance avec sa famille et son milieu d’origine. Le film évoque ainsi la figure du transfuge de classe — une personne qui change de milieu social au cours de sa vie. Cécile n’a pas seulement changé de ville : elle a aussi changé de codes culturels, de façon de cuisiner et même de regarder les autres. Nos goûts et nos habitudes deviennent souvent des marqueurs sociaux : ce que l’on mange, les films que l’on regarde, la musique que l’on écoute ou les lieux que l’on fréquente disent aussi quelque chose de notre milieu social.
Le film montre donc plusieurs tensions : entre Paris et les territoires ruraux ; entre les classes populaires et les élites culturelles ; entre ceux qui partent et ceux qui restent. Ces fractures traversent encore largement la société française aujourd’hui.
Le conflit entre Cécile et son père structure une grande partie du récit. Pourtant, ils se ressemblent davantage qu’ils ne veulent l’admettre : ils partagent la même passion, possèdent tous deux un caractère assez obstiné, aiment diriger une équipe et semblent animés par une même exigence.
Mais leur rapport à la cuisine oppose deux visions du monde.
D’un côté, une cuisine populaire, généreuse et familiale ; de l’autre, une gastronomie plus sophistiquée, associée au prestige parisien. Le père reproche souvent à sa fille d’avoir « renié » ses origines. Cécile, elle, cherche à s’émanciper, c’est-à-dire à construire sa propre identité sans rester enfermée dans l’héritage familial.
Le film montre aussi comment elle déplace progressivement son besoin de reconnaissance d’une figure paternelle vers une autre. Au début du récit, Cécile semble chercher l’approbation de Philippe Etchebest, figure médiatique de la réussite culinaire, presque perçu comme un père symbolique. Mais peu à peu, son regard évolue : derrière les maladresses, les disputes et les non-dits, elle redécouvre ce que son propre père lui a transmis depuis l’enfance.


Même si Partir un jour contient de nombreuses chansons, Amélie Bonnin refuse les codes spectaculaires de la comédie musicale hollywoodienne : pas de grands numéros de danse, pas de scénographies démesurées, pas de rupture nette entre le réel et la partie chantée. C’est pourquoi l’on peut plutôt parler de film musical que de comédie musicale.
Ici, les morceaux ressemblent davantage à la bande-son intérieure des personnages. Ils expriment leurs regrets, leurs souvenirs, leurs sentiments amoureux ou leur peur de grandir. Les chansons surgissent presque naturellement au milieu du quotidien, parfois comme des moments de karaoké entre amis, comme si les personnages trouvaient enfin un moyen de dire ce qu’ils taisent dans les dialogues. La réalisatrice conserve volontairement les imperfections des voix : les personnages chantent de manière fragile, maladroite ou spontanée, parfois même en mangeant.
Le film cherche aussi à rendre le spectateur presque participant. Les jeux de mime, les chansons connues et les scènes collectives donnent parfois l’impression de partager la camaraderie des personnages, de chanter avec eux dans le relais routier ou à la patinoire. Cette proximité naît justement de l’imperfection : les personnages chantent comme des gens ordinaires, pas comme des stars de comédie musicale.
On peut penser Partir un jour comme un récit initiatique, comme si le personnage principal vivait une deuxième adolescence. En revenant sur les lieux de sa jeunesse, Cécile ne retrouve pas seulement un ancien amour ou une ville natale : elle se replonge dans des possibles jamais explorés. Cette dimension rapproche aussi Partir un jour du mélodrame. C’est le cas dans A Star Is Born, West Side Story ou La La Land, où la musique accompagne souvent des histoires d’amour empêchées, des rêves contrariés, des trajectoires qui se croisent sans toujours pouvoir se rejoindre. Ces films sont d’ailleurs tous trois des films musicaux, la chanson permet d’y exprimer ce que les personnages ne parviennent pas à dire autrement : un désir trop fort, une douleur indescriptible, de l’ordre de l’indicible (Qu’on ne peut dire, exprimer). Dans le film d’Amélie Bonnin, cette tension est plus discrète, mais on ressent que les trajectoires de Cécile et Raphaël se sont éloignées, qu’ils n’appartiennent plus à la même classe sociale.
Le film ne raconte donc pas seulement un retour amoureux. Il montre surtout comment Cécile parvient peu à peu à faire la synthèse entre son passé et son présent, à résoudre la contradiction entre ses différentes identités : la fille du relais routier, l’adolescente qui rêvait de partir, la cheffe parisienne, la femme qui s’émancipe hors des attentes de la société.
Cette réconciliation passe par la cuisine. Partir un jour, c’est aussi l’histoire du plat signature que Cécile cherche tout au long du récit. Le film suggère qu’elle le trouve finalement avec son père, en hommage aux morceaux de sucre imbibés de café qu’il lui donnait durant l’enfance. Ce souvenir intime devient une source d’inspiration pour elle mais aussi un moyen de rendre hommage à son père et renouer avec lui. Partir un jour n’est donc pas seulement une comédie romantique ou un film musical : c’est aussi un récit de construction identitaire, de mélancolie et de transmission familiale.

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On connaît la chanson de Alain Resnais (1997)
Ratatouille de Brad Bird (2007)
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Notions importantes
→ Autofiction
→ Transfuge de classe
→ Film musical
→ Récit initiatique
→ Cécile et son père auraient-ils réussi à se confier l’un à l’autre sans l’intermédiaire de la chanson ?
→ Que permet-elle d’exprimer que les personnages ne parviennent pas à formuler directement ?
→ Comment la cuisine familiale inspire-t-elle la nouvelle création de Cécile ?
→ Quels éléments lui manquaient pour retrouver l’inspiration ?
→ Que révèlent les images d’archives sur la relation entre Cécile et son père ?
→ Que pensez-vous de la tradition qu’ils ont instaurée : tremper un morceau de sucre dans le café ?
→ Enfin, en quoi les deux personnages se ressemblent-ils ?
Auteure de la fiche élève : Anaïs Tilly
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